Sauvegarde pour atelier d'architectes : Revit, ArchiCAD et la décennale en pratique
Vos fichiers BIM pèsent plusieurs Go, votre responsabilité décennale court sur 10 ans, et votre assureur RC pro commence à poser des questions précises sur votre infrastructure. Guide pratique pour les ateliers de 1 à 50 personnes.
L’atelier d’architectes type en France en 2026 manipule chaque semaine entre 200 Go et plusieurs To de fichiers projet. Les Revit ouverts ces dix dernières années sont conservés “au cas où” — non par sentimentalisme, mais parce que la responsabilité civile professionnelle décennale court littéralement pendant dix ans après la livraison de l’ouvrage, et qu’un client peut revenir vers vous à tout moment pour produire un plan d’exécution, un plan technique, un détail de menuiserie.
C’est l’une des rares professions où la traçabilité informatique est de fait une obligation contractuelle, alors même qu’aucun texte ne l’écrit aussi explicitement. Quand un atelier perd ses fichiers à la suite d’une panne, d’un incendie ou d’une attaque, c’est dix ans d’obligations qui peuvent ressurgir sans support pour y répondre.
Cet article fait le tour des questions concrètes qui se posent dans un atelier — volumétrie, performance des fichiers Revit, rétention, conformité Ordre des architectes — et propose une architecture qui tient.
La volumétrie réelle d’un atelier d’architectes
Premier point qui surprend les prestataires informatiques généralistes : la volumétrie d’un atelier d’archi grimpe beaucoup plus vite que celle d’une PME équivalente en nombre de postes. Quelques ordres de grandeur observés chez nos clients :
- Un atelier solo qui travaille sur 4-5 projets actifs : 200 à 500 Go de données vivantes, plus 1 à 3 To d’archives.
- Un atelier de 5-10 personnes sur des projets variés : 1 à 4 To de données vivantes, plus 5 à 15 To d’archives.
- Un atelier de 15+ personnes avec activité BIM lourde : 5 à 20 To vivants, et facilement 30 To d’archives au bout de cinq ans.
La courbe est exponentielle parce que le BIM, contrairement à AutoCAD 2D, intègre des nuages de points (scans), des photos de chantier haute résolution, des photos drone, des rendus 3D, et des fichiers IFC d’échange. Un projet de 18 logements modélisé en Revit avec scans existants et rendus pèse facilement 4 à 8 Go par fichier central — sans compter les fichiers liés et les sauvegardes automatiques.
Toute architecture de sauvegarde calibrée comme une PME bureau de 10 personnes craque à la deuxième année d’usage.
La règle 3-2-1 dans un contexte BIM
La règle 3-2-1 reste valable dans un atelier, mais avec deux contraintes spécifiques :
- La copie locale doit être performante, parce qu’elle sert aussi de serveur de fichiers actif. Un NAS bas de gamme qui met 90 secondes à ouvrir un Revit central crée une perte de productivité réelle.
- La copie hors site doit gérer la volumétrie, ce qui exclut beaucoup de solutions de sauvegarde généralistes facturées au To.
Concrètement, l’architecture qu’on installe chez nos clients d’archi :
- un NAS Synology rackable dimensionné avec des disques NAS-grade et 8 à 32 Go de RAM, avec SSD cache pour accélérer les ouvertures Revit ;
- un cloud miroir dans un datacenter européen, avec rétention longue (12 mois minimum) et tarification forfaitaire qui ne pénalise pas la volumétrie ;
- des règles de sauvegarde adaptées : versioning toutes les heures sur les fichiers actifs (.rvt, .pln, .dwg), versioning quotidien sur les archives, exclusion des fichiers de cache temporaires Revit qui font exploser le volume sans valeur.
Le piège du « ça tourne tout seul »
L’erreur la plus fréquente qu’on rencontre en audit d’atelier, c’est un NAS Synology installé il y a quatre ou cinq ans, configuré par un prestataire informatique compétent, et qui n’a jamais été audité depuis. Les disques sont vieux, le firmware n’a pas été mis à jour depuis deux ans, le cloud miroir initialement prévu n’a jamais été activé “parce qu’on n’a pas eu le temps”, et personne ne sait dire si une restauration fonctionnerait.
Dans neuf cas sur dix, la sauvegarde existante d’un atelier fonctionnerait pour un incident léger (un fichier supprimé par erreur ce matin). Dans un cas sur dix, elle ne tient pas le coup en cas d’incident sérieux (ransomware, panne disque, sinistre des locaux). C’est précisément le scénario contre lequel il faut se prémunir — et c’est précisément le scénario qu’on ne teste jamais.
Le bon réflexe : un test de restauration documenté chaque trimestre. On simule la perte d’un projet entier, on le restaure pour de vrai, et on garde le compte-rendu écrit. C’est cette discipline qui fait la différence le jour où ça compte — et c’est aussi ce qui rassure votre assureur RC pro.
Ce que dit (vraiment) l’Ordre des architectes
Le Code de déontologie des architectes (décret n°80-217) ne mentionne pas explicitement l’archivage numérique. En revanche :
- L’article 11 impose une obligation générale de conservation des documents professionnels.
- L’article 12 encadre la confidentialité des informations transmises par le client.
- Le règlement intérieur de l’Ordre, mis à jour en 2023, recommande la conservation des archives projet pendant la durée de la responsabilité décennale plus deux ans de marge (soit 12 ans en pratique).
Et bien sûr, la responsabilité civile décennale (article 1792 du Code civil) court pendant dix ans à compter de la réception de l’ouvrage. Pendant ces dix ans, votre assureur RC pro peut vous demander de produire à tout moment les éléments du dossier d’études, les plans d’exécution, les comptes-rendus de chantier. Si vous ne pouvez plus les produire — parce qu’ils sont perdus, corrompus ou inaccessibles —, votre couverture peut être remise en cause.
L’assureur RC pro et les questions qu’il commence à poser
Les compagnies d’assurance qui couvrent la responsabilité décennale (MAF, Allianz Architectes, SMABTP, Verspieren-Couvrir) ont nettement durci leurs exigences depuis 2023, sous l’effet combiné des sinistres cyber et de l’augmentation des contentieux post-livraison. Les questions qu’on voit apparaître dans les déclarations annuelles ou les renouvellements :
- “Vos données projet font-elles l’objet d’une sauvegarde régulière sur un support distant du lieu de travail ?”
- “Disposez-vous d’une attestation de conformité de votre prestataire d’hébergement (ISO 27001, SOC 2 ou équivalent) ?”
- “À quelle fréquence vos sauvegardes sont-elles testées en restauration ?”
- “En cas de sinistre informatique majeur, dans quel délai pouvez-vous reprendre votre activité ?”
Une réponse vague à ces questions ne fait pas tomber votre couverture, mais elle vous classe dans la catégorie “risque accru” — ce qui se traduit par une prime plus élevée ou des franchises moins favorables au prochain renouvellement.
À l’inverse, un atelier qui peut produire un DPA signé, une attestation ISO 27001 de son hébergeur, et des comptes-rendus de tests de restauration trimestriels se positionne très favorablement. Ça ne vous fera pas baisser la prime, mais ça vous protègera contre la hausse.
Le cas particulier des nuages de points et des scans
Une catégorie de fichiers mérite un traitement à part : les nuages de points issus de scans 3D (Leica, Faro, Matterport) et les photogrammétries drone. Ces fichiers peuvent peser 50 à 500 Go par projet, ils ne sont consultés qu’occasionnellement après la livraison, mais ils peuvent être nécessaires des années plus tard si un litige porte sur un état existant.
La meilleure approche pour ces fichiers : les sortir du périmètre de sauvegarde “vivante” (qui doit rester rapide), et les archiver dans un palier froid du cloud miroir avec une rétention très longue (15 à 20 ans selon vos engagements clients). Le coût de stockage froid est très inférieur au stockage actif — typiquement 5 à 10 fois moins cher.
Chez Haven, c’est inclus dans les forfaits Maison et Domaine, sans facturation supplémentaire au To.
L’architecture-cible pour un atelier en 2026
Pour résumer, voici ce qu’on installe typiquement chez nos clients d’archi :
- NAS local Synology rackable, dimensionné pour la volumétrie vivante + 50 % de marge, avec SSD cache pour les performances Revit ;
- Cloud miroir en datacenter européen certifié ISO 27001 et SOC 2 Type II, avec rétention 12 mois minimum sur les fichiers projet et 10+ ans sur les archives ;
- Règles de sauvegarde différenciées par type de fichier (versioning horaire sur les fichiers projet actifs, quotidien sur les archives, palier froid sur les nuages de points) ;
- Tests de restauration trimestriels documentés et envoyés au gérant de l’atelier — utile pour la RC pro et la conformité Ordre ;
- DPA signé et registre des sous-traitants à jour — voir notre checklist RGPD ;
- Référent technique nommé qui connaît votre installation et peut intervenir sous 4h ouvrées en cas d’incident.
Le coût d’une telle architecture pour un atelier de 5-10 personnes en 2026 : entre 190 € et 350 € HT/mois tout compris. À comparer à la valeur d’un mois d’activité perdue en cas d’incident non géré (typiquement 3 à 10 jours pour une PME sans plan de reprise) et au risque RC pro non couvert.
Et concrètement chez vous ?
Haven déploie cette architecture clé en main pour les ateliers d’architectes. Forfait Atelier (1-10 postes, 99 €/mois) ou Maison (10-30 postes, 189 €/mois) avec add-on “Pack BIM-ready” disponible : SSD cache pour Revit, rétention 12 mois, attestation conformité décennale annuelle.
Voir aussi notre page Pour qui — Atelier d’architectes pour le détail des pain points.